25.11.2020

ALEX FROM MONTREAL PERSONAL BLOG

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En 1986, l’assassinat d’Olof Palme

Dans les archives de Match

Paris Match | Publié le 10/06/2020 à 22h30 |Mis à jour le 11/06/2020 à 07h30 CM

olof palme
Olof Palme en 1985. Ingrid Rossi/Sygma via Getty Images

La justice suédoise a clos mercredi l’enquête sur l’assassinat du Premier ministre Olof Palme. Retour sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire moderne de la Suède… Avec Rétro Match, suivez l’actualité à travers les archives de Paris Match.

Plus de trente ans après l’assassinat du Premier ministre suédois Olof Palme, la justice a désigné mercredi le principal suspect dans cette affaire, aujourd’hui défunt, mettant un terme à son enquête. Ce dernier, Stig Engström, un opposant aux idées de gauche d’Olof Palme, est mort en 2000. Dirigeant social-démocrate charismatique, Olof Palme a été abattu sur un trottoir gelé du centre de Stockholm le 28 février 1986, à l’âge de 59 ans, tandis qu’il rentrait à pied du cinéma avec sa femme, sans gardes du corps. Son meurtrier avait réussi à prendre la fuite, emportant avec lui l’arme du crime, qui n’a jamais été retrouvée.

Pendant l’enquête, la police avait été vivement critiquée pour son manque de sérieux et les pistes hasardeuses qu’elle avait empruntées. Le soir du drame, elle n’avait pas correctement bouclé la scène du crime, détruisant ainsi de potentielles preuves, une bévue qui hante encore les enquêteurs aujourd’hui. Au fil des années, ont été également soupçonnés, entre autres, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes turcs), l’armée et la police suédoises et les services secrets d’Afrique du Sud – Olof Palme était très critique à l’égard de la politique d’apartheid de ce pays. Grand orateur, il avait pris position contre la guerre du Vietnam et l’énergie nucléaire. Il avait également soutenu les gouvernements communiste à Cuba et sandiniste au Nicaragua. L’enquête pourrait être rouverte si de nouveaux éléments apparaissaient.


Paris Match n°1920, 14 mars 1986

Olof Palme, mort comme un inconnu

de notre envoyé spécial, Jean-Michel Caradec’h

Des roses jetées sur une flaque de sang en plein coeur de Stockholm : ces petites fleurs qu’un froid polaire va priver de leur éclat sont un émouvant et symbolique hommage de ses concitoyens à Olof Palme, Premier ministre socialiste de la Suède, qu’un inconnu vient d’abattre alors que sa femme et lui sortaient d’une salle de cinéma. Il est presque minuit vendredi dernier et la Suède est sur le champ touchée au coeur. En quelques minutes, le monde entier, frappé de stupeur, prend conscience du poids incroyable qu’avait pris sur la scène internationale ce chef d’un petit pays neutre replié sur sa richesse. Premier ministre de 1969 à 1976, puis à nouveau depuis 1982, Palme était devenu à l’étranger l’incarnation d’un idéal de justice universelle et mondialiste : attaquant violemment l’intervention américaine au Vietnam, il s’était également engagé en faveur de Sakharov, tout comme il avait dénoncé la France dans l’affaire Greenpeace. Pourtant, samedi, Washington, Moscou et Paris furent en première ligne pour exprimer leur consternation. Partout dans le monde, en effet, la voix du leader suédois était respectée : parfois agaçante, souvent iconoclaste, toujours sincère. Des millions de gens l’avaient rangé dans leur panthéon politique parmi les apôtres de la paix. Olof Palme était un homme politique à part qu’on croyait hors d’atteinte d’un certain type de violence. Au point que la police avait accepté de ne pas le protéger des risques inhérents au métier de Premier ministre. Sa simplicité, son naturel et sa volonté « désinvolte » de nier le danger défiaient ceux qui l’avaient condamné à mort.

« Sur l'avenue Sveavägen, grande artère de Stockholm, une tache de sang là où Olof Palme a été abattu de deux balles dans le ventre, alors que sa femme Lisbet et lui rentraient chez eux, marchant seuls dans les rues, peu avant minuit. Une mort anonyme devant de rares témoins qui n'imaginent pas un instant que ce passant était leur Premier ministre. » - Paris Match n°1920, 14 mars 1986.
« Sur l’avenue Sveavägen, grande artère de Stockholm, une tache de sang là où Olof Palme a été abattu de deux balles dans le ventre, alors que sa femme Lisbet et lui rentraient chez eux, marchant seuls dans les rues, peu avant minuit. Une mort anonyme devant de rares témoins qui n’imaginent pas un instant que ce passant était leur Premier ministre. » – Paris Match n°1920, 14 mars 1986. © SCANPIX SWEDEN / AFP

Pour l’aider à franchir les premières marches verglacées de la station de métro il l’a tient par le bras. Ils ont la familiarité de ces vieux couples qui n’ont plus guère besoin de se parler pour s’entendre. Lui est grand, mince, son visage carré est flanqué d’un nez fort en bec de rapace, encore accentué par deux rides, comme des cicatrices, qui lui agrandissent la bouche lorsqu’il sourit. Il est vêtu d’un long manteau bleu serré à la taille par une ceinture. Elle a la silhouette et le visage ronds. Elle est engoncée dans un loden, ses yeux bleus pétillant sous une frange dorée.

Il est vingt heures et l’on n’a pas de mal à imaginer que ce couple vient de quitter bourgeoisement son charmant immeuble du 31 Vasterlanggatan, dans Gamla Stan, la vieille ville de Stockholm, qu’ils se sont dirigés dans le dédale des rues piétonnières, en jetant machinalement un coup d’oeil à travers les vitrines à petits carreaux des boutiques anciennes, marchant d’un pas régulier et tranquille sur les pavés ronds que la glace a sertis comme des pierres sombres. Ils croisent de rares passants, courbés comme eux contre le vent, les mains enfoncées dans les poches et le visage marqué par le froid.

Sous les lumières crues de la bouche de métro, leurs silhouettes jumelles disparaissent sans heurt par l’escalier mécanique vers la grotte chaude de la station souterraine. Dans la rame silencieuse et rapide, qui les emporte vers le centre ville, des couples mûrs, des jeunes aussi, grandes filles blondes aux cheveux teints de rouge, quelque joyeux hurons, dont la crête gominée verte ou jaune s’intègre bien dans le paysage métropolitain. Il y a quelques punks propres, sagement assis, un livre à la main, devant de vieilles dames aux lunettes cerclées d’or et des graffiti multicolores peints sur les vitres pour y être plus facilement effacés. Les voyageurs les dévisagent ostensiblement et, d’un sourire, d’un hochement de tête ou, au contraire, par un désintérêt apparent, manifestent à Olof Palme, Premier ministre de Suède, et à son épouse Lisbeth, des signes discrets de reconnaissance.

Sans plus de façon, le couple quitte la douce chaleur du métro au milieu de la foule qui s’écoule sur Sveavagen, la grande avenue du centre ville, aux immeubles modernes éclairés, comme en plein jour, par les larges vitrines des magasins et les néons des cinémas. « Biografen Grand ». Les passants s’arrêtent rapidement pour regarder les affiches de films de cette salle d’art et d’essai. Un jeune couple bat la semelle dans le hall en attendant la séance. C’est le fils du Premier ministre, accompagné d’une amie. Sourires, mains qui s’étreignent, les Suédois ne sont pas démonstratifs en public et les deux hommes et les deux femmes pénètrent rapidement dans la salle obscure, pour s’asseoir dans le noir au milieu de gens qu’ils ne connaissent pas. Pendant que, sur l’écran, Olof Palme et sa famille regardent et écoutent les péripéties qui opposent les « Frères de Mozart » à leur génial cadet, pendant que dans Vienne-la-Resplendissante, résonnent les notes pincées d’une épinette magique, tout entières contenues dans un ruban de celluloïd doublé d’une piste magnétique, les étoiles, une à une, s’éteignent dans le ciel pur et gelé de Stockholm.

Olof Palme avec son épouse Lisbet et leurs deux fils Joakim et Mårten en 1964.
Olof Palme avec son épouse Lisbet et leurs deux fils Joakim et Mårten en 1964. © Lennart Nilsson / KB / TT NYHETSBYRÅN / TT News Agency/AFP
Olof Palme avec son épouse Lisbet dans les rues de Stockholm en 1969.
Olof Palme avec son épouse Lisbet dans les rues de Stockholm en 1969. © Sydsvenskan / IBL Bildbyrå / TT NYHETSBYRÅN / TT News Agency/AFP
Le Premier ministre suédois Olof Palme fait du sport dans son jardin en septembre 1973 à Stockholm.
Le Premier ministre suédois Olof Palme fait du sport dans son jardin en septembre 1973 à Stockholm. © Daniel SIMON/Gamma-Rapho via Getty Images

Combien sont-ils ? Deux, trois, beaucoup plus, ceux qui attendent dehors, silhouettes banales, indécises, faussement tranquilles, dont les yeux en alerte ne laissent rien échapper des événements de la rue. Taxis Volvo qui trainent paresseusement sur Sveavagen. Mini-cars de Polis où l’on voit par la vitre une femme en uniforme, des écouteurs sur les oreilles, taper sur un ordinateur. Un moderne Viking en salopette fourrée et maculée de camboui, qui porte, suspendu au côté de son gros ceinturon de cuir, le marteau de Thor, une clé anglaise et des outils en acier suédois. Une bande de jeunes garçons en anorak de ski, coiffés de bonnets en jacquard, mangent avec leurs moufles des frites d’un McDonald.

Depuis combien de temps, l’ombre sans visage et sans nom, attend-t-elle patiemment sa cible ? S’est-elle planquée dans les rues piétonnières de la vieille ville ? A-t-elle suivi le couple ordinaire le long des ruelles ? Attendait-elle plutôt dans cette cafétéria qui surplombe la bouche de métro, anonyme au milieu des consommateurs de bière légère et de petits pains aux girofles ? Il est 23 h. Lisbeth et Olof Palme quittent leur fils et sa compagne devant le cinéma Grand. Les rues, à cette heure, sont pratiquement désertes. Rien d’inquiétant dans cette ville où la criminalité semble une incongruité, au point que le Premier ministre puisse s’y promener sans garde du corps, ni protection d’aucune sorte.

Bien que la circulation soit inexistante, le couple attend sagement le feu rouge pour traverser l’avenue dans les passages réservés. Puis, d’un pas tranquille, descend vers Sergels Torg, la grande place au centre de la ville, sans regarder derrière lui. Olof Palme ralentit un instant pour jeter un coup d’oeil sur la vitrine d’un grand magasin Dekorima. Il entend dans la rue déserte l’écho d’un homme qui se rapproche dans son dos. Sa femme a pris quelques pas d’avance. 23 h 20. Deux coups de feu. Lisbeth se retourne. Le bruit énorme résonne dans sa tête. Un choc et une vive douleur lui transpercent les reins. Elle voit son mari s’écrouler, les yeux ouverts, la bouche béante, face contre terre. Un homme, une silhouette, une casquette, un manteau bleu, un revolver à la main, s’enfuit dans une petite rue latérale en courant. Elle se précipite sur le corps. Un filet de sang s’écoule en gargouillant de la bouche d’Olof Palme. En quelques secondes, une tache sourd de sous sa poitrine et s’étend interminablement, noire, sur la neige glacée. Alors, Lisbet Palme se met à hurler.

Un chauffeur de taxi a vu la scène. Il alerte la police par radio-téléphone. Deux jeunes filles se précipitent. L’une d’elles tente de ranimer le blessé en pratiquant la respiration artificielle. L’air et le sang mêlés s’échappent d’un énorme trou dans la poitrine. Lisbet Palme a un malaise. Elle aussi est blessée, du sang coule sur sa hanche à travers les vêtements. Le nom de l’homme assassiné stupéfie les quelques passants : « C’est Olof Palme, c’est lui ! Il est mort ! ». Quelques petites minutes après l’attentat, les voitures de police, les ambulances encombrent Sveavagen. Malgré tous les efforts de réanimation, un peu avant minuit, les médecins annoncent officiellement la terrible nouvelle. Aussitôt le roi Carl Gustav est alerté, alors qu’il se trouve en vacances d’hiver. Les membres du gouvernement socialiste, les leaders de l’opposition, le président du Parlement se précipitent à l’hôpital. La radio et la télévision suédoises interrompent leurs programmes et annoncent la nouvelle.

Le lieu de l’assassinat d’Olof Palme, le lendemain du crime.
Le lieu de l’assassinat d’Olof Palme, le lendemain du crime. © SCANPIX SWEDEN / AFP
L’hommage des Suédois au Premier Ministre Olof Palme, sur les lieux de son assassinat.
L’hommage des Suédois au Premier Ministre Olof Palme, sur les lieux de son assassinat. © Leif R JANSSON / TT News Agency / AFP

Ce n’est qu’au matin que la plupart des Suédois apprendront l’attentat. « Comme un coup de marteau sur la tête. Les larmes se sont mises à couler de mes yeux sans que je puisse les arrêter » me raconte le lendemain un capitaine de l’Armée du Salut rencontré à Bergelstol, parmi des milliers de personnes rassemblées spontanément à proximité du lieu du drame. Une grande messe improvisée et digne. Une tulipe, un oeillet à la main, un portrait du Premier ministre, également président du parti socialiste suédois, au pouvoir presque sans interruption depuis la guerre.

Des militants, mais aussi des sympathisants, beaucoup de jeunes, portant des flambeaux et des drapeaux rouges brodés d’or, ont écouté l’éloge funèbre des ministres, des dirigeants du parti, avant de chanter l’Internationale sur un rythme lent et grave comme un cantique. Le traumatisme ressenti par l’ensemble des Suédois se manifeste par l’émotion peinte sur tous ces visages, d’ordinaire si réservés. Des hommes, des femmes, des jeunes gens, les yeux baignés de larmes, recouvrent l’énorme tache de sang d’un tapis de fleurs. Tout donne le sentiment d’une seule famille en deuil d’un des siens. « Qu’en pensez-vous ? C’est inimaginable ! » demande-t-on à l’étranger de rencontre. Et, sans attendre sa réponse « C’est vrai, vous, vous avez l’habitude Vous ne pouvez pas comprendre ».

Dans ce pays où les socialistes ont instauré un égalitarisme forcené, où l’Etat, selon un mot cruel, « assiste les Suédois de la naissance au suicide », qui élève au rang de dogme : « La liberté individuelle s’arrête où commence la liberté collective », qui a voulu maitriser les pulsions, les aventures dans un entrelacs serré de règlements administratifs, l’irruption de la violence et de l’imprévisible semble d’un autre monde. Il est difficile de comprendre qu’un homme, dirigeant d’un pays aussi important que la Suède, luimême figure internationale, célèbre pour ses engagements en faveur de la paix, chargé par l’O.n.u. de diriger les négociations entre I’tran et l’Irak, ayant des contacts fréquents avec les chefs palestiniens, des leaders arabes et des organisations du tiers monde, puisse se promener le soir, en bourgeois, sans aucune protection.

C’est Olof Palme qui avait lui-même refusé. en dehors de ses fonctions officielles, la présence de gardes du corps et de la limousine spéciale réservée au chef du gouvernement suédois. Au nom de la lutte contre les privilèges. Il quittait le matin, à pied et seul, son duplex de la vieille ville pour se rendre à son bureau situé à quelques centaines de mètres. Lorsque ses fonctions lui laissaient une soirée de libre, il abandonnait du même coup escorte et voiture officielle, redevenant pendant quelques heures un simple citoyen. Ceci, malgré les exhortations de la police.

Olof Palme et Fidel Castro, lors d'un voyage officiel à Cuba en mars 1973.
Olof Palme et Fidel Castro, lors d’un voyage officiel à Cuba en mars 1973. © HASSE PERSSON / SCANPIX SWEDEN / AFP
Olof Palme et François Mitterrand en mai 1984.
Olof Palme et François Mitterrand en mai 1984. © Francis Apesteguy/Getty Images

Par goût personnel sans doute, mais aussi pour éviter un de ces scandales dont les Suédois sont friands et qui consistent à révéler aux citoyens les privilèges inadmissibles. Il y a quelque temps, une campagne de presse avait déjà dénoncé le cadeau offert par la compagnie aérienne S.a.s. à quelques dirigeants politiques : une carte de circulation gratuite sur ses vols. L’indignation avait été telle que les hommes politiques et Olof Palme avaient renvoyé officiellement cette carte. Les excès de cet égalitarisme atteignent parfois le grotesque. Lorsqu’une grosse entreprise décide, pour l’anniversaire de sa création, d’offrir une bicyclette à tous ses employés, l’administration fiscale annonce immédiatement que ce cadeau sera taxé comme avantage en nature.

Promoteur et ardent défenseur de ce modèle suédois qu’il avait contribué à créer, Olof Palme se devait d’en suivre les préceptes avec la plus grande rigueur. On pourra d’ailleurs objecter que l’importance des services de sécurité et leur vigilance n’ont pas empêché le président Reagan et le pape d’être blessés dans un attentat, ni Mme Gandhi ou le président Sadate d’y laisser leur vie. Néanmoins, pour les Suédois, cet attentat aujourd’hui touche viscéralement le fondement même de leur état : la neutralité, la non-violence et l’illusion d’avoir fait de leur pays un sanctuaire. Une certitude que l’attentat contre le chef du gouvernement qu’ils ont démocratiquement élu, risque de faire s’écrouler complètement.

Déjà, l’épisode militaro-comique du sous-marin nucléaire soviétique échoué en 1981 à Karlskrona « en raison d’une erreur de navigation », avait ébranlé la tranquille assurance des Suédois sur l’inviolabilité de leur territoire. Le rapport Anderson révèlera plus tard que lesdites eaux territoriales étaient infestées de ces sous-marins transportant des ogives, en violation du traité de dénucléarisation de la Baltique. Un coup dur pour les paisibles Suédois, en paix depuis 1813.

La dernière photo d'Olof Palme, prise 9 heures avant sa mort, le 28 février 1986 à Stockholm. Le Premier Ministre suédois a été assassiné le soir même.
La dernière photo d’Olof Palme, prise 9 heures avant sa mort, le 28 février 1986 à Stockholm. Le Premier Ministre suédois a été assassiné le soir même. © John Wahlbarj / SCANPIX SWEDEN / AFP

L’irruption du terrorisme frappant à la tête, sur leur territoire provoque, après le premier choc, la découverte d’une réalité douloureuse. L’enquête policière extrêmement discrète, « envisage bien sûr toutes les possibilités », mais l’hypothèse d’un crime de fou, avancée sérieusement au début, semble perdre de la consistance. Les munitions utilisées, du calibre 38 spécial (9 mm), dont une balle a été retrouvée intacte de l’autre côté de la rue, vraisemblablement celle qui a blessé légèrement Lisbet Palme en traversant ses vêtements, sont d’un modèle peu courant. La tête est chemisée afin de percer des blindages, ainsi qu’un éventuel gilet pare-balles. L’arme utilisée, un revolver, rend également bien improbable qu’elle ait pu être détenue par un malade mental, dans ce pays où la réglementation sur les armes à feu est extrêmement rigoureuse.

Les circonstances de l’agression, sa préparation, son exécution et la disparition de son auteur témoignent d’un certain professionnalisme. Les policiers ont rapproché cet attentat des informations révélées il y a quelques mois : des menaces d’attentat émanant du groupe Abou Nidal contre un pays scandinave. Certains même émettent que l’assassinat du Premier ministre suédois ne serait en fait que le prélude à l’extension du terrorisme à ces riches pays européens jusqu’alors épargnés. D’autant que les mesures de lutte y sont beaucoup moins élaborées que dans les autres pays occidentaux.

Les funérailles d’Olof Palme, prévues pour le 15 mars, et le rassemblement international de chefs de gouvernement et de parlement, constitueraient alors une cible de choix pour une opération spectaculaire. Cette hypothèse est suffisamment prise au sérieux pour que des experts anglais, allemands et français fassent l’objet de consultations de la police et des services de contre-espionnage suédois. Jamais alors, les mots que les dirigeants suédois écrivaient n’auront résonné avec cette gravité : « Nous sommes les héritiers d’un monde qui a réduit en poussière les plus beaux rêves ».

Les funérailles d’Olof Palme à Stockholm, le 15 mars 1986.
Les funérailles d’Olof Palme à Stockholm, le 15 mars 1986. © TT NEWS AGENCY / AFP
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